L'«âme russe»
Les Russes sont connus pour leur double personnalité : en chacun d'entre eux cohabite la personne publique et la personne privée. Les étrangers sont toujours frappés de constater combien les Russes peuvent se montrer grossiers et désagréables à l'extérieur, et charmants et généreux en privé. Celui qui n'hésite pas à vous invectiver violemment si vous attendez au mauvais endroit dans une gare – et même au bon endroit, d'ailleurs – se transformera en hôte charmant chez lui. Quant à la vendeuse occupée à se limer les ongles ou à lire quand vous avez une question à lui poser et qui, si vous parvenez à attirer son attention, vous lance un péremptoire « qu'est ce qu'il y a ? », elle se mettra en quatre pour vous dès que vous aurez franchi le seuil de son appartement. Dans la sphère privée, les Russes se révèlent des personnes très chaleureuses pour qui rien ne compte davantage que les amis et la famille, ou même les amis des amis et de la famille.
La fameuse « âme russe » dont on parle tant est peut-être un mythe, mais nul de saurait nier la très grande fidélité des Russes et le caractère hautement affectif de leurs relations avec leurs proches. Leur hospitalité est légendaire. Si vous êtes invité à dîner chez un Russe, soyez certain que vous vous régalerez de zakouski (hors d'œuvre) élaborés et servis généreusement, d'un solide plat principal et d'un dessert, et que vous trinquerez à maintes reprises avec la meilleure des vodkas pour fêter l'«amitié», le «plaisir de se retrouver» ou encore la «santé».
La dichotomie entre vie publique et vie privée chez les Russes n'est pas facile à comprendre pour les étrangers. Elle s'explique de diverses manières, mais il est probable que les années de corruption communiste ont appris aux Russes à ne pas faire confiance aux inconnus. Comme le dit le proverbe, « un ami non éprouvé est comme une noix non cassée. On ne sait ce qu'elle renferme ».
Source : Russie, Belarus & Ukraine - Gallimard